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De nombreux sujets seront abordés : la psychologie du policier, la victimologie, la psychologie criminelle, la psychologie du témoignage, l’agressologie, l’interrogatoire et l’audition, l’aveu et le mensonge, la suggestion, l’hypnose, le polygraphe, la mémoire, les faux souvenirs, le stress professionnel, l’éthique et la déontologie... |
Histoire de la criminologieIntroductionLa criminologie plonge ses racines dans un passé lointain, bien avant l’émergence des sciences humaines. Le crime et son corollaire, la peine, existent depuis la nuit des temps, dès que les groupes humains, à la recherche de cohésion sociale, ont commencé à s'organiser. Comme le souligne Lewis E. Lawes, directeur de la célèbre prison de Sing-Sing aux Etats-Unis, "le crime est, dans l'une ou l'autre de ses phases, le thème principal de l'histoire et de la littérature. Le crime est aussi vieux et universel que l'humanité. On le trouve à chaque page de la Bible. Il est à la base de tous les grands poèmes épiques, des meilleurs romans et des opéras les plus illustres. Le crime fait partie de la vie quotidienne et il intervient directement ou indirectement dans la vie de tous les hommes". (Lawes, L.E.: "Journal of Criminal Law and Criminology, nov.-déc. 1938, p 493). Ainsi, à Remigia près de Valence (Espagne), une fresque préhistorique représente une exécution capitale 1. Mais si dès l’antiquité, le crime fait l’objet de considérations morales ou utilitaires, son étude ne s’organise scientifiquement qu’au siècle dernier. Le substantif "criminologie" est en effet récent. Nombre d' auteurs s’accordent à reconnaître comme référence la parution en 1876 du célèbre "L’Uomo delinquente" du psychiatre italien Cesare Lombroso. Selon Bonger, c’est en 1879 que le français Paul Topinard crée le mot "criminologie" 2. Celui-ci conteste cette paternité et l’attribue à son tour à Raphaële Garofalo3. Le premier livre portant ce titre paraît d’ailleurs sous la plume de ce dernier en 1885. Il nous semble cependant devoir remonter le temps d’un siècle, en accord avec J. Van Kan pour qui la première tentative consciente d’étudier l’étiologie et la politique criminelles date de 1773, quand l’université de Mantoue met au concours la question suivante : "assigner les causes du crime, indiquer les moyen de les détruire si c’est possible, ou d’en prévenir les effets" 4. Roger Mucchielli fait débuter la science criminologique en 1815 et 1840 dans le sillage de la psychiatrie5. De toute évidence, il a raison puisque, parallèlement au développement de la psychiatrie, les premières statistiques criminelles sont élaborées. En outre, les prisons entrent dans un développement qualifié d’âge d’or6. Enfin, la littérature consacrée à ce sujet s’enrichit de nombreuses publications dont le célèbre "Handbuch des Kriminalrechts und der kriminalpolitik" en 1825, ouvrage collectif où l’on peut lire dans un article d’Adolphe Henke, professeur de médecine à Erlanger (Allemagne) : "Celui qui veut approfondir les préceptes de la politique criminelle, soit au point de vue théorique, bien plus encore dans celui qui est appelé à en faire l’application comme législateur, doit avant tout rechercher les fondements de la nature humaine et les lois de son évolution dans le temps et dans l’espace. L’anthropologie, dans la plus large conception du mot, ainsi que dans l’histoire du développement des peuples, apparaissent donc comme les connaissances les plus indispensables, pour la science de la politique criminelle. Non moins importante est la recherche de la genèse des crimes qui, bien souvent, trouvent leur causes moins dans une perversité ou corruption morale de l’auteur, que dans l’organisation vicieuse de la société civile à laquelle il appartient" 7. Dès 1838, Ortolan souligne la nécessité pour le criminaliste d’un rapprochement des différentes disciplines : droit pénal, physiologie, médecine, statistiques économie sociale8. Une de tâches de la criminologie est d’essayer de concilier dans l’analyse du passage à l’acte la part du libre arbitre et celle du déterminisme. Elle présente donc un caractère particulier, en ce qu’elle repose non seulement sur des concepts scientifiques, mais aussi sur des notions de valeur : crime, responsabilité, culpabilité, libre arbitre, justice, châtiment. Or, ces concepts et ces valeurs ont constamment évolué au cours des siècles, sans qu’il y ait parallélisme entre leurs évolutions respectives, créant la difficulté de définir le champ spécifique d’application de la criminologie. En effet, face au phénomène criminel, la sensibilité collective à varié dans ses formes et ses contenus, selon les civilisations, dans le temps et dans l’espace. De même les rapports entre droit, religion et morale ont évolué au cours des siècles. Des personnages illustres ont autrefois été considérés comme de dangereux criminels alors qu’aujourd’hui ils sont reconnus comme d’éminents bienfaiteurs de l’humanité. Ainsi Socrate a été condamné à boire la ciguë, le Christ a été crucifié, Galilée (1564-1642) a évité le bûcher par une abjuration tandis que Giordano Bruno (1548-1600) a été livré aux flammes pour avoir refusé de communiquer la magie à laquelle il devait sa prodigieuse mémoire. A cela s’ajoute la confusion dans les textes comme par exemple le préambule de l’ordonnance de 1523 du roi de France François 1er qui, visant l’ensemble des délinquants susceptibles d’encourir les rigueurs de la loi, les désignes comme suit : "...aventurier, gens, vagabonds, oiseaux perdus, méchants, abandonnés à tous les vices, larrons, mendiants, rapteurs et violeurs de filles, regnieur de Dieu, cruels, inhumains, immiséricordieux, faisant de vice vertu, loups ravisseurs nuisant à chacun, ne voulant et ne sachant nul bien faire, ni rendre service,..." 9. De nos jours, les législations pénales sont encore loin d’accorder leurs définitions de certaines infractions et ce qui est punissable dans un Etat ne l’est pas toujours dans un Etat voisin. Cet ouvrage a pour but de tracer un tableau historique de la criminologie, de présenter les idées des précurseurs et les théories des pionniers qui ont tenté de cerner le phénomène criminel. C'est l'histoire des idées qui tentent d'expliquer , et les causes du crime, et les réactions au crime. Cette histoire nécessite un emprunt aux disciplines les plus diverses, de la philosophie à la sociologie, en passant par la pénologie, les statistiques, la médecine, la psychologie, voire même la littérature. Nous nous sommes arrêtés à l’aube du 20ème siècle quand la criminologie est entrée dans une phase que l’on peut qualifier de scientifique. 1 PRADEL J.: "Histoire des doctrines pénales", P.U.F. Que sais-je ? n°2484, p.7. 2 BONGER W : "Inleiding tot de criminologie", Haarlem, 1954, p.1. 3 TOPINARD P.: "Actes du IIème congrès international d’anthropologie criminelle", pp.489 et suivantes. 4 VAN KAN J.: "Les causes économiques de la criminalité - Etude historique et critique d’étiologie criminelle", Ed. Storck, Paris-Lyon 1903. 5 MUCCHIELLI R.: "Comment ils deviennent délinquants", Les Editions Sociales Françaises, Paris 1965, p.119. 6 RABINOWICZ L.: "Charles Lucas comme précurseur de l’idée moderne de l’éducation pénitentiaire", Rev. Int. Pén. 1934, n°6, pp.70 à 97. 7 HENKE A. : "Hanbuch des kriminalrechts und des kriminalpolitik", Berlin 1822, p.166, cité par VAN KAN J., op cit. p 1. 8 ORTOLAN : "Cours de législation pénales comparée", Introduction cité par PROAL L. dans "Le crime et la peine", Ed. Alcan, Paris 1911, p.XXVIII. 9 MUCCHIELLI R. op cit. p 48. |